Μichel Voyelle, Anticipations de l’idee europeenne sous la revolution

De «L’idée de Communauté européenne de l’histoire », éd. Nationale et Capodistrienne Université d’Athènes, ministère grec de l’éducation et des affaires religieuses, Athènes 2003

vierseLA RÉVOLUTION FRANÇAISE a représenté un tournant majeur dans l’histoire de l’Europe et des équilibres européens: de cela, tous conviennent, qu’ils l’apprécient en termes positifs ou négatifs. Mais au-delà de ce constat, qu’en est-il de l’idée même d’Europe dans la nouvelle cosmopolitique surgie de l’événement?

La référence à l’entité européenne, dont on ne fera pas l’historique, avait tenu sa place dans le siècle des Lumières, et de grands classiques nous le rappellent, ainsi René Pomeau(1) pour n’en citer qu’un: ils nous rappellent qui si l’Occident a vu alors vaciller les deux systèmes qui avaient cautionné le rêve européen à travers les siècles, à savoir la papauté et l’Empire, tous deux assez mal en point, l’Europe existe dans la pensée des contemporains comme horizon de référence invoqué par Rousseau, Diderot, … Voltaire que complimente Morellet sur « l’étrange révolution que vos ouvrages ont fait dans tout l’Europe ».

Certes elle a ses limites qui sont celles du monde connu et utile, même si l’on se risque à prospecter au-delà: mais Voltaire qui l’a fait dans l’Essai sur les mœurs en revient quand même à cette Europe «Plus peuplée, plus civilisée, plus éclairée depuis Petersbourg jusqu’à Madrid». L’Ecossais Robertson affirme « quiconque veut écrire l’histoire de l’un des grands états de l’Europe pendant les deux derniers siècles est obligé d’écrire l’histoire de l’Europe entière », et même Rousseau confirme « Il n’y a plus aujourd’hui de français, d’allemands, d’espagnols, d’anglais même quoiqu’on en dise: il n’y a que des Européens». Est-ce bien vrai? Et Voltaire est-il bien sérieux après avoir écrit Candide de nous parler d’une «grande famille réunie après ses différends», voire d’«une république partagée en plusieurs états»?

C’est faire écho au mythe qui nourrit le cosmopolitisme des élites dans la République des lettres: et qui fait concevoir l’Europe à l’abbé de Saint Pierre comme la seule «société réelle», à la différence de l’Asie ou l’Afrique, car la géographie et l’histoire y ont généré un communauté de maximes et d’opinions. Vico a écrit de son côté que la véritable humanité se trouve en Europe dans la mesure où elle vit sous le règne de la légalité… concédant toutefois qu’elle pâtissait du fléau endémique des guerres. C’est là que le bât blesse.

Peut-on, en se fiant aux éloges de complaisance qu’un Voltaire ou qu’un Diderot ont décernés aux représentants de l’absolutisme éclairé accepter l’idée d’un code de conduite dans des relations internationales plus policées? Mais la conquête e la Silésie, mais les partages de la Pologne, alors qu’on s’apprête à s’attaquer désormais à l’homme malade qu’est l’Empire ottoman justifient le jugement de Rousseau «Convenons donc qu’un état relatif des puissances de l’Europe est proprement un état de guerre ». L’idée d’Europe, malgré les apparences, serait-elle donc prématurée et assez étrangère à la pensée des Lumières, à en croire R. Barny?(2) Le choc de la Révolution française va en tous cas modifier profondément la règle du jeu.(3)

Elle a lancé un défi à l’Europe des monarchies, dès le 26 août 1789, quand dans la Déclaration des Droits elle a parlé aux hommes de tous temps et de tous pays en termes de Liberté et d’Egalité. Quelle qu’ait été ensuite la prudence avec laquelle les Constituants ont protesté de leur désir de ne point intervenir dans l’équilibre européen, une dynamique était dès lors en marche, dans la mesure même où l’existence de la France en Révolution ne pouvait être vue que comme une provocation par les princes. Même s’ils ne s’en sont point doutés d’entrée, les Constituants s’engageaient dans une aventure qui en dix ans allait changer la face de l’Europe au nom de la Liberté.

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