L’UE a-t-elle besoin de 15 millions de « migrants » d’ici 2025?

du Denis Bachelot et Gilbert Pena

C’est une des priorités de la Commission Juncker et d’Angela Merkel. Or, la mutation économique avec la robotisation et la numérisation ne va pas créer plus d’emplois, au contraire. Une opinion de Denis Bachelot et Gilbert Pena, respectivement essayiste, collaborateur à la revue « Commentaire » et consultant en entreprise.

Bachelot Pena

La démographie du vieux continent nous oblige à recevoir dans les décennies qui viennent des dizaines de millions d’immigrés pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre qui menace les pays d’Europe, affirment, sans nuance, nombre de commentateurs. Comme toutes les idées simples, cette affirmation s’impose dans le débat public, comme une vérité d’évidence. Les chiffres, c’est bien connu, ne sont pas une opinion.

L’Union européenne est le premier laboratoire où se construit l’idéologie migratoire qui domine l’Europe. « La migration est une des (dix) priorités politiques de la Commission Juncker. » Le site de la Commission définit cette « nouvelle politique de migration légale » de la manière suivante : « Faire en sorte que l’Europe reste une destination attrayante pour les migrants dans un contexte de déclin démographique, notamment en redéfinissant les priorités des politiques d’intégration et en améliorant l’efficacité de la politique migratoire des pays d’origine…  »

Attirer des emplois

Plus explicitement, Dimitris Avramopoulos, Commissaire chargé de la migration, des affaires intérieures et de la citoyenneté, en décembre 2014, expliquait « qu’au cours de la seule décennie 2010-2020, le nombre de personnes en âge de travailler dans l’UE va diminuer de 15 millions ». C’est pourquoi, ajoutait-il, « il nous faut trouver de nouvelles modalités juridiques pour permettre à des ressortissants de pays tiers de venir travailler ou étudier en Europe ».

Mieux encore, un rapport publié en 2010 par un groupe de réflexion comprenant, notamment, Mario Monti, Nicole Notat et Lech Walesa, intitulé « Projet pour l’Europe à l’horizon 2030 », considérait déjà que « le recours à une main-d’œuvre étrangère fera partie de la solution à apporter aux pénuries futures de main-d’œuvre et de compétences que connaîtra l’Europe ».

Affirmations basées sur le constat suivant : « Le fait est que, d’ici 2050, en l’absence, peu probable, d’immigration et à taux d’activité constant, la population active de l’UE diminuerait d’environ 68 millions de travailleurs. Étant donné que tous les immigrés ne rejoignent pas la population active, il faudrait un gain net de 100 millions de personnes environ pour combler le déficit. » Le groupe reconnaissait, cependant, qu’ »objectivement, un afflux net aussi important au cours des quarante prochaines années n’est ni probable, ni nécessairement souhaitable ».

Mais, forte de sa nouvelle puissance au cœur de l’espace européen, c’est bel et bien l’Allemagne qui a légitimé l’ouverture des frontières à une immigration de masse, en raison des enjeux économiques de sa situation démographique.

Dès mai 2013, à l’ouverture du sommet pour l’intégration organisée à la Chancellerie, le gouvernement allemand affichait, clairement, sa volonté d’intégration des immigrés pour attirer les emplois qualifiés. L’Allemagne a besoin de 200 000 immigrés qualifiés par an, estiment les experts.

Récemment, dans une interview à la chaîne ZDF, Madame Merkel jugeait que « le thème de l’asile pourrait être le prochain grand projet européen ». Affirmant plus que jamais son leadership européen, cette dernière occupe désormais le centre du débat et définit la politique migratoire commune de l’Europe.

Il est compréhensible qu’Angela Merkel défende, à l’égard de l’immigration, des positions qu’elle juge bénéfiques aux intérêts de son pays. Il est nécessaire, cependant, aux regards des études les plus récentes, d’évaluer quels sont les besoins en main-d’œuvre, qualifiée ou non, non seulement de l’Allemagne, mais des 28 pays de l’Union à horizon 15 ans, voir au-delà ?

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