Anne-Bénédicte Hoffner, Une théologie religieuse derrière ces attaques terroristes

Tout au long de l’histoire et dans toutes les grandes religions, les traditions religieuses et les Écritures saintes ont été « tordues et mal utilisées » par les fidèles, parfois même encouragés par leurs responsables. Aujourd’hui, ces derniers doivent donc reconnaître que « des atrocités » peuvent être commises au nom de leur religion, a estimé mardi 6 juin le Dr Justin Welby, archevêque de Cantorbéry et primat de la Communion anglicane, interrogé dans l’émission « Today » de la radio BBC 4.

« Si quelque chose se passe dans notre propre tradition religieuse, nous devons le dire et prendre nos responsabilités en étant très, très clairs pour le contrer », a-t-il poursuivi, tout en soulignant la très ferme condamnation et au plus haut niveau des responsables musulmans britanniques.

Un problème global, générationnel et idéologique

Interrogé sur cette phrase souvent entendue selon laquelle « les attaques terroristes n’ont rien à voir avec l’islam », Justin Welby a pris ses distances : « Je ne pense pas que cela nous amène quelque part.»

À ses yeux, le problème des attentats est triple : « global, générationnel et idéologique »« Il existe une théologie religieuse derrière ces attaques terroristes. Elle doit être contrecarrée », estime le primat de la Communion anglicane, convaincu que nier le rôle joué par l’islam dans les attentats récents revient à nier celui « du christianisme dans le massacre de Srebrenica en 1995 en Bosnie ».

« Nous devons contrer cette [théologie] dans notre propre tradition de foi et dire pourquoi ce n’est pas acceptable, pour enseigner aux gens et pour éduquer les gens », a-t-il expliqué.

Analphabétisme religieux

Dans un pays sous le choc de deux attentats, à Manchester puis à Londres, le responsable anglican a donc clairement indiqué ses attentes à l’égard de la communauté musulmane et de ses responsables.

Mais il n’a pas oublié non plus le reste de la société britannique, critiquant le « très grave manque d’alphabétisation religieuse » des responsables de la lutte contre l’extrémisme, incapables de « comprendre les doctrines fondamentales de la foi avec lesquelles ils traitent ».

À ses yeux, le Royaume-Uni doit également parvenir à tracer « une ligne » claire entre conservatisme et extrémisme. « Notre histoire et notre culture permettent aux gens d’avoir des points de vue très différents, mais cette ligne doit porter sur la violence et l’incitation au dénigrement d’autrui », avance-t-il, soulignant le désir d’une vaste majorité des citoyens britanniques de continuer à vivre ensemble.

Il ne s’agit donc pas de cibler « un groupe uniquement en raison de sa foi » mais uniquement en raison « des actes que ses membres posent au nom de leur foi », prévient-il, alors que le débat risque de s’enflammer à nouveau sur les mesures à prendre pour contrer l’islamisme radical.

La Croix, 07/06/2017

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